Une contrainte naturelle… et des opportunités nouvelles
Le Marais poitevin, ce vaste marécage formé après le retrait de la mer des faluns miocènes, présente une double nature : avant le Moyen Âge, c’est un obstacle redouté par les habitants et voyageurs, où seules quelques prairies surélevées, appelées « bosses » ou « tertres », offrent des implantations sécurisées. Mais à partir du XIIe siècle, les travaux de moines et d’ingénieurs (notamment les abbayes de Maillezais, Nieul-sur-l’Autise et Saint-Maixent) transforment progressivement le marécage en zones de bocage, irriguées par un réseau de « conches » et de fossés.
C’est ce système de « marais desséchés » et de « marais mouillés » qui va modifier la distribution des habitations : à Frontenay-Rohan-Rohan, les hameaux se concentrent initialement sur les rebords des plateaux calcaires (La Bacholette), puis s’égrènent dès le XVIIIe siècle au cœur même des anciennes terres humides, devenues exploitables au prix d’un entretien constant des canaux. Ainsi, les villages de la Bourrelière ou du Moulin Neuf témoignent de cet essor moderne lié à la conquête du marais.
Le rôle des digues et levées dans la fixation de l’habitat
Un chiffre édifiant : entre 1150 et 1850, plus de 1700 kilomètres de levées et de canaux sont construits dans le Marais poitevin (source : Parc naturel régional du Marais poitevin). À Frontenay, la levée de la Vacheresse, édifiée au XVIIe siècle, permet la création de prairies artificielles et donc, l’apparition de nouveaux regroupements d’habitations, souvent en marge immédiate de ces digues pour profiter du drainage et de l’accès. Plusieurs noms de lieux en conservent la mémoire : « la Levée Basse », « la Levée du Paillé ».
-
Les hameaux installés en bordure directe du marais mouillé bénéficient alors :
- D’une double ressource – la pêche et l’élevage, puis l’exploitation des prairies
- D’un isolement protecteur lors des périodes d’invasion ou de conflit (comme durant les Guerres de Religion, source : D. Dagnaud, « Frontenay-Rohan-Rohan, histoire et patrimoine rural », Éditions La Geste, 2016)
- D’une relative autosuffisance, fondée sur la polyculture et un mode de vie encore marqué jusqu’au XXe siècle par la découpe extrêmement parcellaire des terres (« mottes » blotties contre le marais)
Des réseaux secondaires structurés par la maîtrise de l’eau
Au-delà des hameaux principaux, la conquête du marais par la technique a engendré un foisonnement de petits « quartiers » souvent à peine plus vastes que quelques exploitations agricoles. Chaque fossé maître ou petite rigole devient à la fois une frontière et une voie d’accès, d’où une explosion des micro-toponymes (Le Petit Montaigu, Les Landes, Le Grand Chemin…). Cette fragmentation s’observe encore par la densité du bâti autour des anciens ports intérieurs (« Port la Fontaine », « Port du Gabion ») qui rythmaient les départs de barques transportant foins et denrées locales vers Niort ou Arçais.