Depuis vingt ans, le marais poitevin accuse le coup : les sécheresses plus longues, les précipitations plus irrégulières et les vagues de chaleur mettent à l’épreuve le vieux compromis entre production agricole et maintien de l’eau. Selon le rapport de la DREAL Nouvelle-Aquitaine (2022), le débit des canaux d’alimentation du marais pourrait diminuer de 30 % à l’horizon 2050, ce qui amplifierait les effets de la surexploitation agricole (DREAL).
- Montée du risque d’incendie dans les zones exondées
- Rétraction des zones humides, disparition de certaines espèces faunistiques et floristiques (engoulevent, rainette, iris des marais)
- Aléas accentués sur la qualité de l’eau : concentration accrue des pesticides et engrais, eutrophisation des conches
On l’a vu lors des grandes sécheresses de 1976, 2003 ou récemment 2022 : une vanne mal dosée change tout. Lorsqu’un propriétaire agricole détourne l’eau pour sauver sa récolte, c’est parfois tout un pan de bocage alentours qui s’assèche.
Ce que la géographie nous apprend : regards croisés sur le passé
Il suffit de regarder les vastes prairies humides du marais profond pour comprendre : là où la main de l’homme a trop forcé la modernisation, l’eau se retire, la vie aussi. À l’inverse, dans les zones préservées, les conches brillent sous le soleil, les batraciens chantent au crépuscule, les poissons remontent les fossés.
Un exemple frappant : la conche du Moulin de la Garenne à Frontenay. Jadis, les enfants du village y pêchaient la carpe à la ligne, profitant d’une eau claire et poissonneuse, entretenue par la cohabitation entre champs de foin, alignements de peupliers et élevage de vaches. Suite à l’abandon progressif de ces pratiques, avec passage à la monoculture, la conche a vu son niveau s’effondrer deux étés sur trois et la végétation aquatique s’est raréfiée.