L’art subtil de l’irrigation et des canaux
Ce qui frappe autour de Frontenay-Rohan-Rohan, c’est le génie du paysage : un maillage incroyable de canaux, de fossés – les conches – et de petits ponts, témoignage d’un savoir-faire accumulé depuis le Moyen Âge.
Dès le XIIe siècle, moines et seigneurs coopèrent pour assécher et organiser les terres basses, construisant des dizaines de kilomètres de canaux rectilignes (le canal des Cinq Abbés, voisin du canal de Sèvre Niortaise, etc.) et de digues de protection. Les eaux trop abondantes sont canalisées au printemps ; en été, des systèmes d’« écluses à la planche » permettent de réguler le niveau d’eau pour l’irrigation et le pâturage (voir Deux-Sèvres Tourisme).
Déambuler à vélo ou à pied entre ces rubans d’eau, c’est lire à livre ouvert une histoire d’adaptation : chaque levée, chaque fossé, chaque talus raconte le patient travail d’équilibre entre assèchement et préservation de la ressource hydraulique. Les outils traditionnels – la « goule » pour puiser, la « batardeau » pour barrer – font partie de la mémoire locale.
Des prairies humides aux terres cultivées : le miracle maraîchin
La diversité des paysages autour de Frontenay-Rohan-Rohan est le fruit de cette matrice hydrique : ici, des prairies naturelles inondées (la « mauve », ou prairie de fauche), refuge d’oiseaux, là des « terres noires » limoneuses vouées au maïs, ailleurs des « bares » (terrains élevés) propices à la vigne ou aux vergers.
La carte d’usage des terres s’est dessinée au rythme de la gestion de l’eau. Jusqu’au XIXe siècle, les éleveurs pratiquent la « vaine pâture » : une libre circulation du bétail dans les prairies après les récoltes. Cette organisation collective se traduit toujours dans le découpage des haies, la modulation des clôtures, et dans certains lieux-dits (« la Garenne », « les Communaux », etc.).
Au fil du temps, certains canaux ont servi de frontières naturelles entre villages, de conduits pour le transport du foin ou des récoltes (le « maraisage », petite barque traditionnelle). Les terres, plus ou moins inondables, déterminaient aussi la répartition des hameaux – on n’habite pas au même endroit selon que l’on craint la crue ou non.