Les inévitables : grenouilles, crapauds et rainettes
Il suffit de tendre l’oreille un soir de printemps pour saisir l’omniprésence des amphibiens dans le marais. Ce sont eux qui donnent le ton à la saison :
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La Grenouille verte (Pelophylax kl. esculentus et relatives) :
Typique du marais poitevin, c’est la star des fossés. Elle se reconnaît à son chant fort, continu, et à ses bonds spectaculaires au moindre mouvement. On l’aperçoit flottant à la surface, les yeux émergeant au-dessus de l’eau.
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La Rainette méridionale (Hyla meridionalis) et Rainette verte (Hyla arborea) :
Moins bruyante mais tout aussi fascinante : on la déniche parfois à quelques mètres du sol, accrochée à une branche basse ou dans la végétation des berges. Elles sont plus fréquentes dans les zones bocagères, appréciant les haies touffues, associées à des mares peu profondes.
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Le Crapaud calamite (Epidalea calamita) :
S’il est plus discret, la "calamite" se signale par son chant rappelant le son lointain d’un moteur de mobylette ! Il préfère les milieux temporairement inondés et peut se déplacer grâce à ses membres puissants bien adaptés aux sols meubles.
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Le Triton palmé (Lissotriton helveticus), Triton crêté (Triturus cristatus) :
S’ils ne sont pas toujours sous nos yeux, ils sont bien présents sous la surface, notamment lors des périodes de reproduction, parés de livrées nuptiales spectaculaires. Le crêté, plus rare, est protégé et signe une belle qualité de l’eau.
Qui n’a pas, enfant, cherché à attraper un gros têtard noirâtre ou joué à reconnaître les cris différents qui accompagnent le coucher du soleil ? Ce sont souvent ces rencontres d’enfance, bien avant l’inventaire scientifique, qui font naître le goût de la nature. Le marais regorge de ces souvenirs partagés.
Des espèces patrimoniales menacées
Le Marais poitevin reste un des derniers bastions régionaux de certaines espèces en régression en France :
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Le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) :
Petite grenouille à la peau verruqueuse et au ventre d’un jaune éclatant, très localisée et menacée par la disparition des fossés temporaires.
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Le Pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus) :
Devenue rarissime dans les Deux-Sèvres, elle illustre la fragilité du patrimoine naturel du marais et la nécessité de préserver des milieux variés.
La plupart de ces espèces sont aujourd’hui protégées (arrêté ministériel du 19 novembre 2007 ; source : INPN), et leur présence témoigne de la biodiversité singulière du marais.
L’importance des fossés traditionnels pour les amphibiens
C’est la profondeur modérée, la végétation abondante (joncs, iris, roseaux) et l’absence d’agressions chimiques répétées (pesticides, désherbants) qui permettent aux pontes d’amphibiens de mener à bien leur développement. Certains fossés “réhabitants” (renaissants après nettoyage) se repeuplent en quelques semaines, attirant immédiatement grenouilles, crapauds et tritons.