Un peu d’histoire locale
Avant l’arrivée de l’eau courante dans les foyers, la lessive se faisait au lavoir, un édifice public destiné à laver le linge, souvent alimenté par une source, un ruisseau ou une fontaine captée. À Frontenay-Rohan-Rohan, son développement s’inscrit dans une dynamique collective : dès 1874, la mairie encourage la construction de plusieurs lavoirs pour améliorer la salubrité (source : Archives départementales des Deux-Sèvres).
Jusqu’aux années 1950, le lavoir structure la vie des femmes : c’est l’endroit où l’on se retrouve, où l’on partage les nouvelles, où l’on échange les anecdotes du village — une sorte de « gazette orale » bien avant l’arrivée du téléphone. À tel point que dans le patois local, « aller au lavoir » voulait aussi dire « apprendre ce qui se passe ».
Repères concrets dans Frontenay-Rohan-Rohan et alentours
- Le lavoir du Port La Roussille : Situé à la limite de Magné, ce lavoir du XIXe siècle est l’un des mieux conservés. Alimenté par une résurgence de la Sèvre, il possède une grande toiture à deux pans qui offrait aux laveuses une protection appréciée contre le soleil et la pluie.
- Le lavoir de la rue de la Fontaine : Typiquement en pierre calcaire, il témoigne de la valorisation du patrimoine local menée dans les années 1990. Il fut utilisé jusqu’en 1965, date à laquelle l’eau courante fut généralisée dans le bourg.
- Les lavoirs disséminés dans le marais : On dénombrait autrefois jusqu’à 30 petits lavoirs communaux entre le canal du Mignon et la Sèvre. Il en reste une quinzaine, parfois noyés dans la végétation, signes de l’activité intense du XIXe siècle. (Recensement : Association Sites et Patrimoine en Val de Sèvre).
Chaque lavoir possède ses particularités : plancher en pierre ou plan incliné pour battre le linge, bassins rectangulaires ou ovales, et souvent un abreuvoir voisin pour les animaux. Certains étaient municipaux, d’autres privés mais tolérés pour l’usage collectif.
Anedoctes et histoire vivante
Dans le village de Gript, quartier dépendant de Frontenay, on raconte que lors de la sécheresse de 1921, le lavoir communal était devenu un véritable théâtre : on y venait « faire queue » dès 5 h du matin, et la moindre querelle entre voisines donnait lieu à des scènes mémorables — lesquelles sont parfois encore évoquées lors des veillées locales !